Anne, 53 ans, a fréquenté plusieurs hommes de dix ans de moins qu’elle. Depuis un an, elle vit une relation passionnée avec Louis, 29 ans. Un bonheur sans précédent néanmoins ombragé par le regard des autres et un avenir difficile à conjuguer. Pour nous, elle témoigne sans filtre.

Je me suis mariée deux fois avec des hommes de mon âge. Entre ces deux ménages, mais aussi après mon second divorce, j’ai fréquenté des hommes plus jeunes. Ils avaient généralement dix ans de moins. Un écart physiquement peu visible, que je ne ressentais pas non plus : les rencontrer, c’était comme revenir en arrière et remettre mes compteurs à zéro. Disons qu’en me séparant à 45 ans du père de mes enfants, je retrouvais à travers ces histoires ma trentaine. J’ai vécu des années bénies, légères, qui ont certainement aiguisé mon goût pour les hommes plus jeunes. Je n’investissais rien car ce mode de vie était presque contre nature vis-à-vis de mon éducation. Ce que j’y gagnais, c’était un sentiment de valorisation. Je dominais sans effort, soutenue par mon expérience et ma situation plus aboutie et en ça, je me sentais protégée : ces hommes ne pouvaient pas me faire de mal, j’étais à l’abri et ça me convenait parfaitement. En retour, ils n’attendaient pas non plus une grande histoire et si un brin de sérieux se profilait, nous chutions.

Aux yeux des autres, l’écart de dix ans était perçu comme acceptable, voire excitant. Dans ce cas de figure, la transgression est dosée juste ce qu’il faut. L’homme plus jeune passe pour un cador, la femme plus âgée pour une initiatrice. Mais ça, c’était avant que je ne rencontre Louis, 24 ans de moins.

« Gênée par notre différence d’âge, j’ai préféré que Louis prenne les choses en main »

La salsa est ma colonne vertébrale, je vais danser toutes les semaines sur les quais de Seine. C’est un monde de célibataires, mais personne n’est là pour draguer. Les attouchements sont codés, jamais envahissants. Les duos se forment selon le niveau de chacun et l’âge n’est pas un critère.

« Mon caractère de chasseuse butait contre notre écart d’âge« 

Un soir, j’observais un homme qui me rappelait un ex coup de foudre. Mes yeux ne pouvaient décrocher et ça me mettait mal à l’aise : il était quand même… très jeune. Il m’a invitée très naturellement à danser et, tandis que nous étions en rythme, il s’est passé quelque chose d’indescriptible. J’ai commencé à rougir, à avoir chaud. Mon corps réagissait sous ses mains et je trouvais ça presque indigne. Il m’a tutoyée – on se tutoie dans la salsa – et pour démarrer une relation avec 24 ans de différence, c’était préférable ! Il m’a demandé si j’étais accompagnée et je me suis demandé s’il me draguait. Puis nous avons discuté jusqu’à deux heures du matin, échangé nos numéros et nos dates de naissance. Nous ne nous sommes pas menti. J’ai passé un excellent moment, j’étais séduite. Les jours qui ont suivi, j’ai lancé quelques hameçons, mais avec retenue. Mon caractère de chasseuse butait contre notre écart d’âge. J’avais besoin de son autorisation, besoin qu’il prenne les choses en main. Ce qu’il a fait.

« Une très belle histoire a démarré… et les emmerdes qui vont avec »

Nous avons débuté notre histoire dans notre bulle, chez lui ou chez moi. Mais il a bien fallu sortir. Si la salsa est un milieu très tolérant dans lequel nous nous sentions libres, les choses étaient différentes dans la rue. Il faut savoir que nous n’avons pas la même couleur de peau : les regards nous tombent dessus en deux fois. Il pourrait être mon fils.

« Il n’est pas simple d’ignorer toutes ces paires d’yeux qui pèsent sur notre couple« 

Il a fallu de quelques personnes qui nous dévisagent pour que Louis repousse un de mes baisers un soir. J’ai été blessée. Par son geste, certes, mais surtout à l’idée qu’il soit médité par les qu’en dira-t-on. Il m’a confié que la situation était compliquée pour lui. Il souffrait du regard des autres dans lesquels il lisait être un gigolo. J’ai su le rassurer et aujourd’hui, nous levons la tête même s’il n’est pas simple d’ignorer toutes ces paires d’yeux qui pèsent sur notre couple.

C’est une rencontre, peu importe l’âge. J’ai bien conscience que ce n’est pas le premier homme jeune que je fréquente – bien que le plus jeune, que l’histoire se répète et que ça raconte des choses sur moi que je ne connais pas. Mais nous nous aimons, ça nous est tombé dessus et c’est comme ça.

« Emmanuel Macron et Brigitte Macron vont faire sauter des verrous »

Quand Emmanuel Macron a été élu président de la République, j’ai pensé que les couples à la différence d’âge importante et inhabituelle – inutile de rappeler que ça passe mieux dans un sens que l’autre – allaient devenir ultra branchés. Mais ça risque de prendre du temps. Selon moi, les Macron sont les éclaireurs. Ils vont souffrir, mais vont faire sauter des verrous et bientôt, les mentalités évolueront. Je fais partie de cette boucherie, mais je suis protégée, car je ne suis pas une personnalité publique et je ne suis pas mariée.

Je me suis surprise à fouiller la Toile comme une folle en mai 2017 parce que je me projette en Brigitte Macron, évidemment. Sauf qu’elle a dix ans de plus que moi et je la trouve vieillie. Je vois la peur du temps qui passe sur son visage. Et même si je considère que Louis et moi sommes différents, car plus jeunes, scruter le couple présidentiel a fini par me propulser au trente-sixième dessous. La comparaison m’a fait mal, mais le point positif, c’est que grâce à mon président, je me sens autorisée à vivre mon histoire et ça fait du bien. Comme si elle avait davantage de chance de tenir la distance même si la réalité me rattrape.

« Je sais que notre relation est à durée déterminée mais nous vivons au jour le jour »

Au départ, je ne savais pas où nous allions et pour combien de temps. Au bout de six mois, assurément amoureuse, j’ai compris que je m’engageais sur un terrain aussi magnifique que douloureux. Louis veut des enfants et je ne lui en offrirai pas. Des petits-enfants, peut-être. Je refuse qu’il fasse une croix sur son désir, je ne veux pas qu’il passe à côté de ce qui a été le plus grand bonheur de ma vie.

Nous savons que notre histoire est limitée dans le temps, comme toutes les relations. Sauf que dans d’autres cas, plus conventionnels, on n’y pense pas. Louis et moi, on essaie de se donner le meilleur malgré cet orage au-dessus de la tête.

« Nous avons besoin d’être ensemble, de nous voir, nous toucher« 

Je vois comme les jeunes femmes de 25 ans l’observent. Elles me dévisagent aussi. A l’âge où on quitte ses parents et qu’il faut « tuer la mère », je suis alors la maman symbolique qui sort avec le mec qu’elles n’ont pas. J’ai conscience que ces femmes sont jolies et qu’elles pourront – en plus – lui faire des enfants. Je me réjouis déjà de ce qui lui arrivera sans moi. J’ai cette bienveillance là pour lui. Mais ce n’est pas simple. En un an, je l’ai quitté trois fois. Partir avant d’en souffrir. Mais c’est trop difficile et nous nous retrouvons inlassablement. Nous avons besoin d’être ensemble, de nous voir, nous toucher.

« J’ai l’impression d’être revenue aux fondamentaux du sexe »

Auprès de Louis, j’ai découvert l’amour avec délicatesse et tendresse. J’ai l’impression d’être revenue aux fondamentaux du sexe. On ne s’interdit rien, niveau positions ou pratiques, mais l’essentiel n’est pas là. Ce dont on a envie, c’est d’être l’un contre l’autre.

« J’ai peur de le décevoir sexuellement« 

Lors de notre première fois, je l’ai trouvé doué et je n’ai pas ressenti de pression de sa part. Il en avait et me l’a confié plus tard. De mon côté, j’ai quelques angoisses. Je prends le THS (ndlr : traitement hormonal substitutif de la ménopause). J’ai peur de le décevoir sexuellement. Je me sens moins sûre de moi, je crains de moins lubrifier. Pourtant, ce n’est pas le cas. Mais j’y pense. Lui me trouve parfaite.

Je le guide avec douceur, je lui fais découvrir de nouvelles sensations, mais aussi de nouvelles façons de vivre le sexe. J’ai remarqué que les jeunes faisaient l’amour d’un trait, trente minutes, plié. Moi, j’aime les pauses, j’aime qu’on prenne un moment à la fenêtre, pour se reconnecter à la réalité et ancrer l’extase que nous venons de partager dans un monde réel. Ces moments pendant lesquels nous regardons la vie se dérouler en bas de chez moi après l’amour sont précieux. Nous sommes dans notre monde et plus que jamais, nous prenons conscience du moment présent, le seul dont nous disposons aujourd’hui et dont nous profitons au maximum.

Propos recueillis par Caroline Michel

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