Charles Dantzig ne badine pas avec l’élégance. On aurait tort de prendre pour une coquetterie cette attention extrême de celui qui sait que mordre ses lèvres, saluer, s’asseoir, courir, caresser, compter sur ses doigts ou mal se tenir n’a rien de superficiel. Nos gestes racontent notre rapport au monde, et aussi le monde en train de changer. Hier, tout homme avec un mégot aux lèvres pouvait se prendre pour un séducteur, à l’image de James Dean, sex-symbol de la nicotine. Que dire aujourd’hui du « biberonnage embarrassé », né de la cigarette électronique ? Pour nourrir cet inventaire de nos mouvements perpétuels – les beaux et les minables, les féminins et les masculins, les familiers et les bizarres -, Charles Dantzig observe ses semblables dans les livres, la peinture, les films, les passants et les puissants. L’auteur du « Dictionnaire égoïste de la littérature française » pratique la culture à l’ancienne, intensive. On découvre les poings sur les hanches de Mick Jagger (pose héritée des princes du Palatinat), les mains de Jean Cocteau, un « envol d’hirondelles », la démarche de balancier de Marcel Proust.

Il faut explorer cet épatant traité en suivant ses propres obsessions. De toute façon, les attitudes ne respectent souvent aucune logique apparente. « Vers l’âge de 20 ans, j’ai imité un geste de mon père, celui de me lever au spectacle en me tenant les hanches. C’était inepte, mon père avait une sciatique et moi pas, mais je l’admirais, ou son souvenir, il est mort quand j’avais 10 ans. » Les gestes sont notre mémoire, celle d’un amour perdu teinte ces pages d’une mélancolie souterraine.

« Traité des gestes », de Charles Dantzig (Grasset)

traité des gestes

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